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Mémoire – De l’identité de malade à la mobilisation en tant que victime des pesticides : itinéraires de travailleur.euse.s agricoles

 

 

 

« Vouloir « contrôler la nature » est une arrogante prétention, née d’une biologie et d’une
philosophie qui en sont encore à l’âge de Neandertal, où l’on pouvait croire la nature destinée
à satisfaire le bon plaisir de l’homme […]. Le malheur est qu’une si primitive pensée dispose
actuellement des moyens d’action les plus puissants, et que, en orientant ses armes contre
les insectes, elle les pointe aussi contre la terre. »
Rachel Carson, Le printemps silencieux, 1962 p.283

Septembre 2019, le film Au nom de la terre réalisé par le fils d’un agriculteur, Edouard Bergeon, est à l’affiche. On le dit saisissant par son réalisme et émouvant par le sujet traité, celui du suicide chez les agriculteur.rice.s.
Je décide de me rendre dans une salle obscure pour m’en faire mon propre avis. Ce film raconte l’histoire vraie du père du réalisateur qui reprend la ferme familiale après un séjour aux Etats-Unis. Il opte pour l’intensification de la production en intégrant la technique mécanique et chimique à son travail, mais acculé par les dettes, la dépression et le suicide le guettent.
Une scène reste en mémoire, celle de l’empoisonnement de l’agriculteur qui boit directement dans les bidons des pesticides qu’il utilise habituellement dans ses champs.
Même si les pesticides ne sont pas le sujet du film, la mort quasi-instantanée mise en scène a attiré mon attention sur ce sujet et a semé une graine qui a germé petit à petit. Les pesticides sont, en effet, le symbole de l’agriculture intensive qui est apparue en France aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale et qui a été incitée par des politiques étatiques de modernisation afin d’assurer la sécurité alimentaire du pays. Cette modernisation fut également le fait d’un groupe social de paysan.ne.s modernistes minoritaires qui souhaitaient sortir de « l’archaïsme associé à l’image du paysan » (Hervieu, Purseigle, 2013, p.122). Intensification de la production, processus de rationalisation, de spécialisation et de concentration des terres sont les maîtres-mots de cette modernisation se basant sur des intrants chimiques — dont les pesticides.
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